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Interview avec MANU DIBANGO

Dans cette édition de L’INTERVIEW, Marie Angèle Touré reçoit l’éminent musicien d’origine camerounaise : Manu Dibango. Il revient sur son parcours mais aussi sur sa vision de la musique africaine contemporaine et la place de la culture dans les sociétés africaines.

AFRICA24 : Soyez les bienvenus chers téléspectateurs sur L’INTERVIEW qui reçoit un artiste que certains ne présentent plus mais que l’on va tout de même présenter Manu Dibango soyez le bienvenu. Comment vous définir? Saxophoniste ? Artiste ? Musicien ?

Manu Dibango : Au choix, en tout cas dans l’artistique sûrement. On ne sait pas, on ne fait pas ce métier pour ce définir. C’est peut être le public qui vous défini. Vous vous contentez d’essayer de faire.

Est-ce que vous pouvez lire la première plaquette qui est posée sur cette table s’il vous-plait ?

Êtes-vous inspiré par la musique africaine contemporaine ?

La musique qu’on peut écouter sur le continent à l’heure actuelle.

Je crois que l’inspiration n’a pas de frontières quand il y en a une. Vous êtes sensible à ce qui se passe dans votre environnement. Je pense que les grands parents, les musiciens de cette époque là n’auraient pas mis d’avions dans leur musique parce qu’il n y avait pas d’avions à cette époque là. Donc tout ce qui est autour de vous peut vous inspirer.

Quel est le regard que vous portez sur ce qu’on peut appeler la nouvelle génération ? Est-ce que vous connaissez d’ailleurs tous les jeunes artistes ? Fally Ipupa, DJ Arafat, Les P-Square, Davido, …

Oui les P-Square, Youssoupha. D’ailleurs Youssoupha ce n’est pas difficile, j’étais avec son père. Nous avons commencé à Kinshasa dans les années héroïques. On faisait partie de l’orchestre l’African Diaz. Ce n’est pas toujours forcément des enfants qui suivent leurs parents, ils peuvent avoir des talents ailleurs. Je trouve que parmi les enfants que Rochereau a laissé, Youssoupha est vraiment la continuité. Les P-Square, oui car en ce moment la musique nigérianne est très forte.

En effet, elle prend de l’ampleur.

C’est bien, c’est contemporain. Et ils ont le sens du business aussi. Ce n’est pas toujours le cas des petits pays entre guillemets. C’est toujours difficile pour les petit pays car l’économie est restreinte. Dans nos pays où nous avons plusieurs langues ce n’est pas parce que vous êtes populaires dans une ville que vous l’êtes également dans l’autre. Il y a toujours des degrés à prendre en compte en Afrique.

Vous avez cité Youssoupha, c’est que vous préférez les chanteurs à texte ? Parce qu’on en a aussi sur le continent qui comme DJ Arafat par exemple qui font des mélodies, font des chansons mais sans paroles et sur lesquels tout le monde dansent.

Non moi je préfère ce qui m’interpelle. Je suis éclectique dans la musique. Je n’ai pas d’idées arrêtées, jusqu’à ce qu’une chanson, une voix, une approche musicale m’interpelle.

Quelle est la dernière chanson, la dernière voix qui vous a interpellé ?

Je joue tellement. La dernière fois que j’ai joué c’était pour un grand ami qui est décédé il n y a pas longtemps. J’ai joué avec des gens avec qui ne je n’avais jamais joué. Ils étaient sur la partition et on était entrain de jouer la musique brésilienne. Dans la même soirée, il y a  pas mal d’artistes qui ont performé. Mais je ne m’attache pas forcément jusqu’à ce que cela m’interpelle. Je regarde à la télé, je vois comment la personne bouge, comment la personne chante, mais après je passe. Nous sommes dans une période où on n’écoute plus la musique, on consomme la musique.

Et vous, quelle est la musique que vous consommez en tant que camerounais d’origine ? Est-ce que vous continuez à écouter des musiques traditionnelles de chez vous ? Est-ce qu’avec le temps et le fait que vous soyez en occident vous vous intéressez plus à la musique occidentale par exemple ?

Je m’intéresse à la musique avec “grand”M. Cela va de Amstrong en passant par Makeba. Je ne vais pas dire que j’écoute quelque chose parce que je suis camerounais. Qu’est ce que je vais écouter ? Yaoundé, Douala, Bassa ou bamiléké. Non j’écoute simplement des artistes qui m’interpellent. Je pense que je suis éclectique.

Pas nostalgique ? Parce que ce n’est pas un secret vous avez plus de 80 ans et très souvent on entend les personnes d’un certain âge, qui ont vécu dire : la musique était meilleure en ce temps là.

Si on parle de nostalgie, j’ai eu la chance de survivre à tout cela. Ce qui m’intéresse moi c’est ce que je vais faire demain. Je suis encore là, c’est mieux qu’à titre posthume.

Vous avez eu la chance comme vous dites de survivre à cela, vous avez très certainement déjà entendu la question : quel est votre secret ? De nombreux artistes auraient pris leur retraite bien plus tôt dans les mêmes circonstances.

Pour aller à la pêche à la ligne c’est ça ? Je pense que chacun a son karma. La retraite est un mot occidental, c’est un mot dans un dictionnaire. Elle n’a pas sa place tant que vous avez les mains, la possibilité et l’imagination. La retraite c’est quand arrive le mot fin, mais vous n’êtes plus souvent là pour le savoir.

Effectivement, plaquette suivante s’il vous plait monsieur Dibango.

Culture.

Culture ce mot, on revient à l’Afrique. Est-ce que la culture selon vous est le parent pauvre des gouvernements africains ? Très souvent, les budgets qui sont alloués à la culture sont les plus faibles dans nos sociétés.

C’est un grand problème, même un très très grand problème. Mais la question est, la culture les intéresse à quel niveau ? Mais peut être que cette question là, faudrait la poser directement aux gouvernements successifs. Ce n’est pas aux artistes. Les artistes seront toujours là pour proposer quelque chose. Mais quel est l’impact sur la société en dehors du fait que l’on danse. L’africain est sensible aux rythmes c’est vrai. Comme on dit l’africain a le rythme dans le sang ce qui est dangereux car ça vous empêche d’apprendre. Donc il faut accepter, avoir l’humilité de faire comme tout le monde et d’apprendre son métier. Le public non plus n’apprend pas à être difficile. Tout le monde va à la facilité et du coup, nous avons un niveau qui reflète la société.

Mais pour apprendre faudrait-il encore qu’il puisse y avoir des écoles. Dans certains pays ce n’est même pas le cas.

Voilà le genre de question qu’il faut poser au gouvernement.

Vous leur posez ces questions là parfois ?

Ah, j’ai fait ma part. Ce n’est pas faute d’avoir parlé de ça. Je suis rentré au Cameroun le 06 janvier 1963. le Lundi je suis allé à la radio du moment pour sensibiliser. C’était le début des indépendances au Cameroun, on avait même encore le couvre feu. J’ai posé la question au directeur de la radio en ce moment. Je lui ai dis : il faudrait une école de musique ici. Tout était à zéro, à cette époque on commençait tous. Et aujourd’hui on a pris du retard, car avant ce n’était pas une priorité. Dès le départ, le problème n’a pas été pris à la source. Quand le problème est mal pris en amont, en aval c’est catastrophique.

Vous n’avez jamais pensé créer une école de musique par exemple ?

Une école de musique pour les pays africains ça doit être une école normale. Les gens parlent toujours de la création d’une école de musique. Mais qui va payer ? Les enfants n’ont pas d’argent. Moi je ne suis pas un homme d’affaires, il y en a qui sont hommes d’affaires, les gens comme Youssou N'Dour. Moi, je n’ai pas ce talent là. Ce n’est pas la peine de se raconter des histoires, il y a des gens qui sont faits pour ça. Mais je pense quand même que l’un des rôle régalien est de créer l’infrastructure culturelle. Mais ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de volonté. Il faut tout d’abord que l’on est des personnes pour élever le débat. Il ne s’agit pas uniquement de danser, il faut élever le débat et pas uniquement écouter des musiques faciles avec des paroles faciles. Je pense qu’un pays vaut mieux que ça.

On va conclure cette interview avec la question joker. Personne ne fait l’unanimité mais vous l’a faite presque. Vous êtes apprécié partout. Est-ce que ce n’est pas parce que Manu Dibango ne prend pas souvent voir pas du tout position ?

Afrique sans fric” c’est quoi ? “L’ennemi ne dort jamais” c’est quoi ? Un musicien il est là pour créer, ce que vous pensez politiquement, cela ne regarde pas les gens. Ceux qui doivent faire la politique, ils la font, ils font une autre musique moi ce n’est pas ma musique.

Mais vous pouvez l’influencer cette politique ? Vous êtes un leader d’opinion, vous avez des personnes qui vous écoutent, pour qui vous êtes un exemple. Donc le fait parfois de prendre une position affichée, de vous exprimer même en dehors des chansons, pourrait en inspirer plus d’un et faire surgir les Barack Obama de demain.

Oui. Vous voyez je suis venu au colloque ici c’est économique. C’est l’une des premières fois que je vois un colloque qui se passe d’une façon positive dans un pays étranger. C’est la deuxième fois ici que les organisateurs font venir tout un gouvernement, pour réfléchir. Ça se passe toujours dans le silence. Ce qui est bruyant ce sont les gens qui prennent les bateaux. Mais ils sont rares ceux qui voient que l’Afrique avance quand même, que l’Afrique réfléchie. Et qu’un africain peut aussi être intelligent, il n’est pas que malin comme un singe.

Je n’en ai aucun doute. Merci Manu Dibango d’avoir accepté de répondre à ces questions.

Je vous en prie.

Merci à vous également chers téléspectateurs. C’était l’interview d’AFRICA24, à bientôt.